par Bernard Owen Maria Rodriguez-McKey
Christian Estrosi a expliqué la naissance de l’Allemagne nazie par l’absence de réflexion sur ce qui fondait l’identité allemande. Nous nous permettons deux remarques : la première, sur l’effet des institutions quasiment toujours passé sous silence, la seconde, sur l’assimilation de la population juive dans les Etats allemands.
I. Notre homme politique a tout à fait raison d’envisager les effets de la crise économique de 1929, mais notre appréciation des effets est très différente. A cette époque, les Etats-Unis possédaient une structure d’accueil pour le vote contre le gouvernement, qui était un parti bien structuré au niveau des Etats autant qu’au niveau national. Autre crise en 2008, les Etats-Unis possèdent toujours une structure d’accueil bien efficace, qui a pris les rennes en main sans difficulté. Sur le terrain politique, c’est un succès.
De retour en 1929, Weimar possédait d’énormes capitaux américains investis chez lui, mais n’avait pas de structure d’accueil raisonnable pour le vote contre le gouvernement. La proportionnelle «Weimarienne » était réellement proportionnelle. Le gouvernement de grande coalition (5 partis) s’est effondré dès le début de la crise et un tout petit parti nazi, qui n’avait obtenu que 2,6 % des suffrages en 1928, obtient, à la surprise générale, 18 % des suffrages en 1930. La seule structure d’accueil pour le vote contre le gouvernement se composait des nazis et des communistes. Les cinq partis modérés n’ont pu s’entendre, et proportionnelle oblige, les Allemands ont eu un gouvernement minoritaire. Le Parti Catholique du centre, dirigé par le Chancelier Brünig, un homme respectable, ne fournissait le soutien que de 10 % des députés du Reichstag. Le Président Hindenburg, maintenant convaincu de l’importance de la démocratie, transformait les décisions du Chancelier en décrets présidentiels, ce qui, pendant deux ans, a permis à Goebbels de crier haut et fort : « vous dites que nous ne sommes pas démocratiques, mais regardez la façon dont l’Allemagne est gouvernée. Est-ce cela un exemple de démocratie ? ».
La chute de Weimar et cette arrivée imprévisible des Nazis sont liées à des institutions viciées avec, en particulier, un système électoral (nous le répétons) très proportionnel, qui ne permettait pas, comme aux Etats-Unis d’Amérique, de posséder une structure d’accueil modérée et puissante, qui pouvait, à son tour, prendre les rennes du pouvoir.
Il serait indiscutablement utile que cet homme politique se réfère au livre de Bernard Owen : « Le système électoral et son effet sur la représentation parlementaire des partis : le cas européen » LGDJ 2002.
II. Continuons à envisager la question Weimarienne mais cette fois en amont. Personne ne peut nous contredire si nous avançons que nos amis juifs ont été à travers l’histoire les souffres douleurs rendus responsables de toutes les calamités du monde. La peste noire du 14ème siècle n’est-elle pas provoquée par les juifs ? Tous les pays à un moment de leur histoire vont les expulser. En ce qui concerne l’Allemagne, les différents Etats qui la composent agiront chacun à leur façon. Dans la ville de Landsbut ils doivent porter la rouelle jaune (1451) . On les expulse de Nuremberg en 1499. Puis les Eglises s’en mêlent. L’envoyé pontifical Johannes de Capestano (1386-1456) moine de l’inquisition agit autant que faire se peut contre les juifs et bien des villes allemandes le suivent avec réticence. Alors vive le protestantisme ! Luther est pro juif dans ses écrits de 1523 mais devient antijuif dans ceux de 1543.
Pourtant Charles Quint lors de son couronnement à Aix la Chapelle en 1519 avait accordé une charte de protections pour tous les juifs allemands. La guerre de 30 ans tourmente la société allemande et, le calme revenu, la population allemande et juive augmentent d’une façon spectaculaire. Naturellement, dans ces cas là ce sont les minorités les plus mal lotis qui trinquent certains juifs forment des bandes de brigands très organisées avec leur propre langue, le « ROTWELSEH » (cela ne vous rappelle rien ?) Au XVII siècle nous trouvons les juifs de cour qui pénétraient dans la société cultivée. N’est-il pas intéressant de comparer Shylock l’usurier de SHAKESPEARE à Nathan le sage de GOSTHOLD IBRAIM LESSING remanié par SCHILLER en 1801, qui lui, prône la tolérance.
En 1781 l’Empereur Joseph II promulgué les édits de tolérance à l’intention de ses sujets orthodoxes grecs et juifs. L’on pourrait citer de nombreux textes qui illustrent le soutien des allemands chrétiens aux juifs à travers les hauts et les bas des conquêtes françaises et le congrès de Vienne qui adopte une position négative à l’égard des juifs. Certes, les juifs, comme toute minorité, sont attaqués dès qu’une crise apparaît, par exemple la crise économique des années 1870…
Un prédicateur antijuif de la Cour Impériale Adolphe Stoecker fonda en 1879 le Parti Social des Travailleurs mais Stoecker fut battu aux élections législatives (majoritaires à deux tours) par le juif Paul Singer. Certains professeurs et députés s’opposaient aux juifs qui trouvèrent des défenseurs, tel Théodor Mommsen (1817-1903) « Je suis d’avis que la Providence a compris bien mieux que Monsieur Stoecker pourquoi le métal germanique sans l’alliage juif ne serait pas ce qui l’est. »
En effet à partir de 1848 les premiers juifs entrent en politique. Le parti libéral, le mouvement socialiste et se retrouvent députés.
Un parti antisémite s’est présenté aux législatives de 1887 mais n’a recueilli que 11.800 suffrages. Il a atteint un sommet en 1898 de 284.300 suffrages ce qui représentait 3.7% des suffrages ou 13 sièges qui descendront à 3 ou 0.8% des sièges en 1912. En revanche, les sociaux démocrates passeront de 19.7% des suffrages en 1907 à 34.8% en 1912 et l’autre principal parti de gauche les Nationaux Libéraux de 16.3% des suffrages à 13.6% pendant la même époque.
Dans le cadre des propos tenus par Christian Estrosi notons que les synagogues existent en Allemagne. Précisons que jusqu’au début du XIX siècle, l’on trouve peu de grandes synagogues. Le roi de Saxe autorise la grande synagogue de Dresde en 1837, puis celle de Francfort sur le Main est construite en 1860 en remplacement d’un bâtiment plus modeste. Les synagogues de grandes villes reprennent l’architecture du moment ; style roman ou néogothique. En milieu rural les synagogues s’inscrivent habituellement dans la tradition juive. Après la fondation de l’Empire (1871) l’on reconnaît les communautés juives et les encourage à s’administrer sur le plan local. Le consistoire, qui date de 1869, a le statut d’association de droit privé. Les communautés synagogales comprennent des associations sportives, scolaires, des chorales et des structures caritatives.
Pour conclure.
A la fin du débat sur l’identité française il va falloir faire des choix concernant la définition de cette identité. En faisant des choix, par définition, il faudra classifier. La classification pourra être officielle ou se situer de façon peu perceptible même sournoise au fond de chacun de nous.
Les discussions qui auront lieu ne risquent-t-elles pas de faire apparaître des divisions actuellement à peine perceptibles.
L’identité de la France n’en sortira-t-elle pas malmenée et la France affaiblie autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Tout ce remue ménage ne va-t-il pas faire ressortir le meilleur et le pire de chez nous ? Nous pensions qu’être Français c’était le vécu mais depuis hier l’on s’interroge : Sommes nous bien Français ?





