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Réflexions : Elections allemandes de 2009 et des effets de la grande coalition.
Posté par Maria le 2/11/2009 17:27:45 (1054 lectures)

L’appréciation habituelle du système électoral allemand ne comprend que l’effet arithmétique, à savoir que le résultat en pourcentage des suffrages est sensiblement égal au pourcentage des sièges de chaque parti. Ce point de vue ne considère en aucune façon qu’un mode de scrutin joue sur la façon dont l’électeur et les candidats perçoivent l’enjeu électoral. Dans le cas d’une approche plus approfondie des effets des systèmes électoraux, cela remet en cause ce qui est couramment écrit sur la partie majoritaire et proportionnelle de cette élection : à savoir que la partie majoritaire sert à désigner des personnalités, alors que la partie proportionnelle est l’élément déterminant.

NOS RECHERCHES NOUS MENENT A PRENDRE UNE POSITION CONTRAIRE :

- nous constatons que les élus des 299 circonscriptions uninominales sont définitivement élus.
- Nous constatons que le nombre d’élus sur les listes proportionnelles n’est pas fonction des suffrages obtenus par les partis sur la partie à la proportionnelle (deuxième voix), mais est inversement proportionnel au nombre de sièges obtenus au scrutin majoritaire uninominal (1ere voix). Plus un parti obtiendra de sièges majoritaires, moins il aura de sièges proportionnels.

Résultat : le scrutin proportionnel ne sert qu’à réduire ou éliminer l’accentuation en sièges du parti, ou des partis qui obtiennent le plus grand nombre de sièges majoritaires.
L’électorat et les hommes politiques ont bien compris l’importance de ces deux suffrages, et leur attitude diffère quand ils considère la première voix (stiftung) uninominale par rapport à la deuxième voix proportionnelle.


Les possibilités offertes par le système électoral allemand ont été comprises par le F.D.P. (libéral), et qui les utilise au maximum. En effet, le F.D.P. est un petit parti qui remonte à l’origine de la R.F.A. et qui n’obtient pas de sièges dans les circonscriptions uninominales majoritaires. Le F.D.P. joue donc sur l’obtention du plus grand nombre de suffrages au niveau proportionnel, ce qui, en raison de la compensation, lui apportera un nombre de sièges beaucoup plus important que les deux grands partis C.D.U. – C.S.U. et S.P.D. Ceux-ci, en raison de leur grand nombre de sièges majoritaires, n’auront droit qu’à un très faible nombre de sièges proportionnels. Par exemple, cette année 2009, le C.D.U. n’obtient que 21 sièges à la proportionnelle, alors que le F.D.P., lui, en a 93 – ceci alors que le C.D.U. obtient 27,3 % des suffrages à la proportionnelle et le F.D.P., malgré sa technique bien au point, n’en a que 14,6. Ainsi, les 11 824 794 de suffrages des listes proportionnelles de la C.D.U. – C.S.U. au niveau national représentent 21 sièges, alors que les 6 313 023 suffrages proportionnels du F.D.P. (libéral) leur accordent 93 sièges.

Pour le F.D.P. il ne s’agit donc nullement, comme il est souvent dit, que la première voix corresponde au choix de la personne, en quelque sorte, un suffrage personnalisé. Pour ce parti, la personnalité de son candidat majoritaire pourra, certes, jouer sur l’attrait pour le parti dans la région considérée, mais ira surtout se placer sur la deuxième voix, qui, elle, comptera pour le décompte final au niveau national.

Répétons donc que moins le nombre de premières voix obtenu par ce parti sera important, plus il gagnera de sièges à la proportionnelle. Le principe de la compensation est donc bien compris.


ELECTIONS LEGISLATIVES 2009 – Allemagne
PARTI F.D.P. (libéral)

Lander SACHSEN –ANHALT :
Circonscriptions 57 à 66 ; Moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 1,9 %;
plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 3,7 %

Lander SACHSEN – ANHALT : Circonscriptions 67 à 75; Moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 2,5 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 3,1 %

Lander BERLIN: Circonscriptions 76 à 87; Moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 4,30 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 6,6 %

Lander NORD SACHSEN; circonscriptions 152 à 167; moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 3,15 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 5,5 %

Lander BAYERN (Bavière) : circonscriptions 213 à 242; moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 4,07 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 7,9 %

Lander BAYERN (suite) : circonscriptions 243 à 257 ; moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 4,75 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 8,40 %

Lander NORDRHEIN WESTFALEN: circonscriptions 88 à 124 ; moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 6,83 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 10,5 %

Lander NORDRHEIN WESTFALEN : circonscriptions 125 à 151; moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 4,70 %; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 7,90 %

Lander RHEINLAND PFALZ: circonscriptions 198 à 212 ; moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 6,03 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 9,50 %

Lander BADEN WÜRTTEMBERG : circonscriptions 258 à 295 ; moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 6,89 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 9,20 %

Lander SAARLAND : circonscriptions 296 à 299 ; moyenne générale en % de l'augmentation entre le 1er vote majoritaire et le 2ème vote proportionnel : 4,62 % ; plus forte deviation entre les deux votes au sein d'une circonscription : 5,20 %

Les grands partis avec de nombreux sièges au scrutin majoritaire savent que bon nombre de suffrages à la proportionnelle ne serviront à rien. Ils pourront alors porter leur effort sur le choix des rares seuls premiers de la liste, qui ont une chance d’être élus, ou à encourager leurs fidèles partisans à voter pour un parti proche, dont ils auront besoin pour former une coalition gouvernementale . Il faut garder en mémoire que le principe de la compensation est d’éliminer l’accentuation de la tendance en sièges du parti qui obtient le maximum de suffrages au scrutin majoritaire. Il en résulte que rares sont les cas où un parti pourra former un gouvernement à lui seul avec une majorité de sièges au Bundestag.

VARIATIONS QUANT AUX MANŒUVRES

A l’Est dans la zone Sachsen-Anhalt si l’on s’intéresse aux deux principales formations, l’on rencontre une toute autre attitude des électeurs. La tendance première voix – deuxième voix est le contraire de celle du F.D.P. Par exemple : de la 57ème à la 66ème circonscription, nous trouvons seulement trois cas où le C.D.U., qui est inférieur au SPD, obtient légèrement plus au deuxième vote (1,8 % - 57ème circonscription, 0,1 % - 64ème circonscription et 0,3 % pour la 65ème circonscription). Cette zone est habituellement à gauche, et quatre des circonscriptions sont remportées par Die Linke, et en ce qui concerne les 1er et 2ème vote, la tendance est celle des grands partis, à deux exceptions près (2,7 % - 61ème circonscription, 0,8 % - 63ème circonscription).

Dans les circonscriptions 57 à 75 où Die Linke obtient 4 sièges majoritaires. Sauf pour la 67ème et la 75ème circonscription les deux grands partis obtiennent des suffrages supérieurs pour le premier vote comparé au second vote.

A Berlin (de la 76ème à la 87ème circonscription, Die Linke obtient 3 sièges. Dans ces trois cas, ses premières voix sont supérieures aux secondes voix, alors que dans les autres cas le contraire est vrai, sauf pour la 76ème circonscription, la différence étant très faible : 0,2 %.

Pour le Nord Sachsen (circonscriptions de 152 à 167), la C.D.U. règne en maître, hormis 2 circonscriptions (la 153ème et 154ème) qui reviennent à Die Linke, et elle présente une avance constante entre le premier vote et le second.

En Bavière où la C.S.U. est très forte, le S.P.D. ne voit guère de concurrence possible en tant que parti d’opposition, et l’on ne pense guère à favoriser un allié futur, tout l’effort se porte sur la circonscription majoritaire.

Pour Statland, encore en Bavière, La C.S.U. remporte toutes les circonscriptions (213 à 242) contre le S.P.D. avec, dans tous les cas, un premier vote qui domine le second. Nous obtenons la même configuration pour les autres circonscriptions de la Bavière (circonscriptions de 243 à 257).

L'EFFET DES GRANDES COALITIONS GOUVERNEMENTALES

Les grandes coalitions gouvernementales présentent la caractéristique d’accaparer la structure d’accueil pour le vote « contre » par des formations plus petites, moins connues, et parfois extrémistes.

Les élections législatives allemandes de 2009 faisaient suite à un gouvernement de grande coalition, depuis 2005, comprenant la droite : C.D.U. – C.S.U. (qui ne s’opposent pas dans les circonscriptions majoritaires uninominales et se comportent comme un seul parti) et le S.P.D.Le Chancelier (premier Ministre) était Angela Merkel avec des ministres C.D.U. – C.S.U. et S.P.D.

Comment un opposant au gouvernement pouvait-il voter ? Naturellement pas pour le parti d’Angela Merkel. Quant au S.P.D., parti traditionnel de gauche, une partie de ses dirigeants et de son électorat n’appréciait guère cette entente depuis 1995 avec la droite. L’on a assisté, alors, à une diminution des affiliations politiques. Lors de différentes élections régionales, l’on avait constaté la présence de candidats N.P.D. (néonazi), or, pour l’Allemagne, c’était gênant, et à l’occasion de procès, il est apparu que ce parti avait été infiltré par les renseignements généraux. En revanche, un nouveau parti « Die Linke » était un parti de la gauche tout trouvé. C’était à l’origine le parti de la ex R.D.A.(le P.D.S.), donc communiste, qui avait déjà obtenu 3 sièges au scrutin majoritaire. La présence du S.P.D. au gouvernement et la politique réaliste mais pas très à gauche du Chancelier Schröder avaient poussé certains dirigeants de la gauche du S.P.D., ainsi que certains syndicalistes à rejoindre le P.D.S. (communiste) pour former « Die Linke ». Ce parti a représenté une structure d’accueil pour le vote contre le gouvernement, obtenant 16 sièges directs et 60 sièges à la proportionnelle. Les autres partis, en dehors de la grande coalition, ont tous gagné en sièges. Le Parti libéral (FDP), dont il a été question, n’obtient aucun siège majoritaire, mais, grâce à une stratégie indiquant la compréhension du système électoral allemand, obtient 93 sièges à la proportionnelle (+ 32 par rapport aux élections précédentes).

Les Verts ont eux aussi gagné 1 siège majoritaire et 68 sièges proportionnels (+ 17 par rapport à l’élection précédente).

Un système électoral plus logique considéré sur la continuité de la démocratie serait un scrutin majoritaire uninominal à un tour (peut-être bi nominal, chaque électeur ayant deux voix). Le reproche qui est fait, concernant cette proposition, consiste à dire que dans des régions, telle la Bavière, la C.S.U. remporterait tous les sièges et la gauche bavaroise n’aurait aucun représentant. Or, cet argument n’est pas valable, car la disparition de la partie proportionnelle pousserait à réduire considérablement la taille des circonscriptions uninominales, et l’on sait que plus une circonscription majoritaire est petite, plus une formation, mal implantée dans la circonscription, a de chance d’obtenir un élu.

REMARQUES GENERALES.

Oserons-nous rappeler l’inconscience de nos idéalistes de la politique électorale, qui parlent de représenter les différents courants de pensée ? Certes, ils sont dans le vrai, quand il s’agit de publications, entretiens et discussions. La liberté de parole et d’expression est une fort belle chose, dont on ne saurait se passer, mais, il en est tout autrement, lorsqu’il s’agit de travaux portant sur la création d’institutions, de systèmes électoraux, sachant que l’idéologie figurant sur les affiches de nos partis est subordonnée à différentes techniques : structures d’influence électorale, structure d’accueil pour le vote contre le gouvernement, et que ces techniques, comme il en existe dans toute profession, servent à considérer une autre notion : celle de la bonne gouvernance. N’est-il pas bon, alors, de tenir compte de certains facteurs, qui apparaissent dès que l’on pénètre dans le domaine des comparaisons ?. La tendance de la proportionnelle a mené à une ségrégation des forces politiques, alors que le scrutin majoritaire tend à l’intégration de différents courants au sein de grands et puissants partis.

Une autre attitude de nos législateurs et de leurs conseillers ne devrait-elle pas évaluer les conséquences de certains dysfonctionnements, qui apparaissent dans le temps, allant même jusqu’à mettre en cause la continuité de la démocratie : les gouvernements chargés des affaires courantes, l’instabilité gouvernementale ?

Ne faudrait-il pas aussi veiller à rendre l’alternance du pouvoir sans danger, allant de soi, et acceptable par tous (ou presque tous).

Le système allemand pourrait illustrer un adage que l’on retrouve dans bien d’autres exemples : « Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ? ! ».

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