Le Moyen Orient a du mal à retrouver le calme. Le désordre chez les uns se propage chez les autres. Des millions d’Irakiens sont réfugiés en Syrie et en Jordanie sans compter les déplacés sur leur propre territoire. L’Irak est le dernier épisode du déplacement contraint de population avec tous les malheurs qui en découlent.
Que vaut l’action internationale dans cette zone qui se radicalise ?
Au départ nous avons la Palestine (la Cisjordanie) où se sont retrouvés les juifs européens rescapés du massacre voulu par la folie d’un homme. Que s’est-il passé et que se passe-t-il ?
Le peuple juif a reconquis la terre promise. Pendant des siècles, expulsé de partout, le mot des familles était « demain Jérusalem ». Certes le territoire « biblique » était occupé. Les arabes allaient-ils devenir les nouveaux expulsés ou déplacés ?
Peut-on parler de frontières dans la zone du Moyen Orient ? Elle a connu les empires et la décomposition du dernier, l’Empire Ottoman, a mené à des ajustements, des protectorats, des volontés d’Etats laïcs, celles de groupements religieux.
Et l’intangibilité des frontières ? Un an après l’armistice d’avril 1949 la Jordanie avait réuni la Transjordanie et la Palestine arabe sous le nom de royaume hachémite de Jordanie mais elle renonça à ses droits sur la Cisjordanie en 1988. La Jordanie a pendant un moment accordé la nationalité jordanienne aux palestiniens.
Les questions soulevées par les différents accords et décisions ont fait couler beaucoup d’encre. Ce qui est plus grave sont les vastes mouvements de populations encadrées par les diverses tendances politiques du Moyen Orient.
La Résolution 242 du Conseil de Sécurité des Nations Unies le 22 novembre 1967, qui traite du retrait des forces israéliennes des territoires occupés lors de la guerre des 6 jours, a mené à controverse, étant donné une différence dans le texte français et anglais. Il ne s’agissait que d’une nuance du libellé qui, de toute façon, n’aborde que des principes généraux.
La Résolution 338 du 22 octobre 1973, qui est très courte, demande le cesser le feu lors de la guerre du Kippour. Mais à qui revient le mérite du cesser le feu ? aux deux super grandes puissances qui ont fait pression sur les belligérants ou aux Nations Unies ?
La situation régionale se situe dans l’énoncée du préambule des accords de paix de Camp David (1978) « Après 30 années pendant lesquelles « les guerres ont eu lieu… le moyen orient, qui est le berceau des civilisations et de trois puissantes religions, ne connaît pas le bonheur d’être en paix. » Soyons pratiques : En 1978 le Sinaï est échangé par les israéliens contre la paix et l’accès à la mer Rouge. Revenons à Camp David : « … toutes mesures nécessaires pour assurer la sécurité d’Israël et ses voisins pendant la période de transition (5 ans) et plus tard (« and beyond ») seront prises » (article A.1.d). Il nous faut bien retenir « toutes mesures nécessaires » et « plus tard » (« and beyond »).
L’initiative de Genève, qui date de la fin de 2003, a tenté de résoudre tous les problèmes tout en restant dans le cadre que nous connaissons bien. L’entreprise était généreuse mais peut-être à la fois quelque peu limitée et trop ambitieuse.
Voyons quelques chiffres. La Palestine est découpée en 2 zones. L’une, la Cisjordanie, paraît un vaste territoire peuplé de 2.000.000 de palestiniens. Mais on y construit des colonies israéliennes qui comptent 300.000 personnes et qui sont reliés entre elles par des routes ou des territoires interdits aux palestiniens.
L’autre, la bande de Gaza comprend 1.500.000 palestiniens sans colonies israéliennes mais couvre un minuscule territoire qui comprend onze kilomètres de frontières avec l’Egypte, 51 kilomètres avec Israël et 40 kilomètres de cotes sur la Méditerranée. Le Hamas qui est un parti extrémiste palestinien y a remporté les élections locales en janvier 2006 mais a saisi l’ensemble du pouvoir à Gaza en juin 2007.
La zone de Gaza est une source de tensions importantes avec Israël et il s'agit d'une zone de non droit en dehors de la juridiction des tribunaux internationaux.
Depuis toujours l’Egypte a représenté le pôle important de la région, la seule face au morcellement général. L’Egypte ne pourrait-elle pas à nouveau jouer un rôle ? Cette bande de Gaza isolée dans un environnement trouble ne pourrait-elle pas représenter une province de l’Egypte, petite en taille mais très peuplée? Il ne s’agirait pas de l’ensemble du Sinaï, seule une partie nord délimitée avec soin par des spécialistes de l’aménagement du territoire. Le Sinaï est un grand désert comme le savent tous ceux qui y ont pénétré mais avec les moyens modernes et de l’argent ne pourrait-on pas étendre Gaza dans la zone du désert ? La placer sous la juridiction de l’Egypte, la faire bénéficier de l’argent de l’Arabie Saoudite, du Kuweit. Certes dans la guerre du Golfe, les palestiniens du Kuweit ont applaudi Saddam Hussein et ont été expulsés, mais les temps ont changé. Le monde ne pourrait que se réjouir d’une tranquillité, non pas retrouvée mais nouvelle. Les palestiniens du Liban, et de la Jordanie auraient le choix d’un nouveau terrain irrigué, des implantations techniques en admettant leur désir de repartir.
Le retour des palestiniens souhaité par certains et honnis par d’autres pourrait donc avoir lieu, mais leur terre « promise » serait une région au nord du Sinaï, qui représenterait un grand chantier, certes, mais un espoir, une raison d’être. Ce retour en Palestine est un discours politique d’importance, mais combien souhaiteraient rentrer en Palestine ? Certains parlent de l’existence de plus de 3 millions de personnes, mais l’on est à la troisième génération.
Les désarmements sont une règle qu’il est difficile d’imposer sans disposer de gros moyens. Dans la situation où se trouverait Gaza, à savoir, non seulement une région égyptienne mais une région élargie sur une partie du territoire du Sinaï, la notion de revanche sur Israël pourrait se transformer en d’autres préoccupations : la mise en place, la construction d’une nouvelle région ? Et l’Egypte ? Les frères musulmans y ont pris racine dès les années 1920. Cette nouvelle région représenterait-elle une menace ? Depuis le septembre noir de 1970, les palestiniens en Jordanie semblent être intégrés et se trouvent chez eux sans remettre en cause les racines du royaume.
Conclusion
La situation est tellement tragique et imbriquée dans sa complexité qu’il serait peut-être utile d’envisager une certaine ouverture des frontières qui n’ont, de toute façon, aucune assise dans l’histoire. Il faut naturellement s’assurer de l’accord de l’Egypte et surtout en rien porter atteinte à sa souveraineté. Il est tout aussi important de mettre en place une organisation qui éviterait toute déstabilisation de ce pays. Les palestiniens qui s’installeraient deviendraient citoyens égyptiens et auraient les mêmes droits et obligations. Il s’agirait donc que la bande de Gaza devienne territoire égyptien et qu’une partie attenante du Sinaï d’une taille susceptible d’accueillir une population supérieure à celle de Gaza forme une nouvelle région égyptienne soumise en tout point aux lois égyptiennes. Cette zone couvrirait un territoire bien inférieur celle du Sinaï et nous répétons serait défini par des spécialistes des disciplines qui oeuvrent à l’aménagement des territoires. Les riches pays pétroliers arabes assureraient le financement des structures nécessaires à un développement correspondant aux exigences de notre époque : infrastructures routières, approvisionnement en eau, électricité, logement et potentiel industriel.
De toute façon, cela ne serait-il pas une idée à explorer ? Les conférences, les réunions, qui se sont succédées, n’ont pas, jusqu’à présent, apporté la paix dans la région où le mur de Berlin se retrouve entre Israël et la Cisjordanie et Gaza. Cette nouvelle approche ne mériterait-elle pas la peine d’être au moins considérée et simplement abandonnée si le contre argumentaire était convaincant ?





