De quelle façon expliquer la chute de popularité du Président Sarkozy ? Elle ne date pas d’hier, et nous avons déjà fait appel aux anciens, les penseurs de l’histoire, pour les interroger sur la valeur qu’il faut attribuer aux hommes politiques. Aujourd’hui, nous resterons à notre époque et regarderons autour de nous, car tout n’est pas négatif : cela dépend des instruments que l’on met en œuvre, et ce que l’on cherche à savoir. Que d’outils et d’analyses à notre disposition pour quantifier l’impression sur le peuple d’un discours ou de l’action d’un homme politique, d’un gouvernement, à un moment donné !
Certes, il existe les élections, mais même avec celles-ci, dans le cas de la France qui échelonne les siennes dans le temps, le verdict n’est pas toujours clair. Une élection, telle que celle qui nomme nos représentants européens, est non essentielle sur le terrain politique de la nation. La participation est faible, et il est facile de dire « non » aux autorités, ce qui permet de se défouler, tout en sachant que cela n’aura que bien peu d’effet sur la politique. Certes, les élections municipales sont plus politiques que les européennes, et l’on a vu, en 2008, l’opposition remporter les municipales. Un maire U.M.P. devait être bien implanté pour ne pas perdre sa commune.
Il existe aussi les sondages qui interrogent régulièrement un échantillon de Français, par exemple tous les mois ou après une intervention du chef de l’Etat. Il existe aussi l’interrogation d’un certain nombre de Français pendant l’intervention elle-même au moyen d’un compteur appelé média scope, qui permet à l’individu de s’exprimer tout au long de l’intervention, sa réaction sur une échelle allant du positif au négatif, selon le sujet abordé. Par exemple, D. MUZET a été interrogé sur Radio Classique, dès le lendemain de l’intervention du Président Sarkozy. Il parlait au nom de la Médiascopie. Les réponses de D. MUZET au journaliste sont positives :
- « il a rassuré et a calmé le jeu »
- « il a gagné une manche »
- « il a repris les commandes, on a un capitaine ».
Considérons maintenant, au moyen d’un sondage LCI – Le Figaro Opinion Way, l’impacte de l’intervention de Nicolas Sarkozy. Les interrogations ont eu lieu les 5 et 6 février 2009, mais les mêmes personnes avaient été interrogées les 4 et 5 février, avant l’intervention. L’adhésion aux propos du Président est positive : « oui » tout à fait : 21 %, « oui », plutôt : 42 %.
« Opinion Way » pratique le même type de sondage après chaque intervention conséquente de Nicolas Sarkozy. Cela commence le 20 juin 2007, sept questions sont posées. Il est utile de les diviser en deux groupes : le premier de trois questions, le second de quatre. Comme d’habitude, la meilleure cote est celle qui porte sur son dynamisme : 84 %, sur son courage : 72 %, et sur sa sincérité: 52 %. Les trois sondages sont en hausse par rapport au 31 décembre 2008, surtout celui portant sur la sincérité : + 13 %. Les autres quatre questions qui concernent son attitude par rapport aux Français vont de 33 à 52 %, nettement en hausse par rapport au point bas du 24 avril 2008, mais nettement moins élevées par rapport aux trois premières.
Il faut lire différemment le travail de la T.N.S. S.O.F.R.E.S. qui calcule l’évolution de la cote de confiance, qu’il y ait intervention ou pas, pour résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement, cela depuis juin 2007. Ici la courbe est très différente. La réponse négative passe de 34 % à 60 %, alors que la positive va de 63 % à 37 %.
Il existe des sondages, mais là encore, faut-il bien comprendre ce qu’ils peuvent nous apporter. Les sondages, qui ont lieu avant et après les interventions principales de Nicolas Sarkozy, posent plusieurs questions. Les trois premières questions, qui sont les plus positives, portent sur les valeurs humaines d’une personne : dynamique, courageux et sincère, alors que les autres questions, qui portent directement sur ce qu’on attend d’un Président, sont beaucoup moins positives.
D’autres sondages « T.N.S..SOFRES Figaro Magazine » traitent mensuellement de la cote de confiance du Président pour résoudre les problèmes de la France. Dans ce cas, il n’est pas question de valeurs humaines mais bien de l’aptitude de celui qui gouverne, et là ces sondages rejoignent les dernières questions que l’on a précédemment évoquées.
En résumé, le Président Sarkozy a une personnalité qui sort de l’ordinaire, et son énergie est reconnue par beaucoup. En revanche, à mesure que l’on s’éloigne de l’intervention, l’aspect humain disparaît et le côté politique apparaît. L’on peut constater le contraste en comparant la Médiascopie, qui apporte des renseignements le moment même de l’intervention, dont nous avons déjà parlé, et qui sont positifs à l’égard du Président, et AOL qui demande aux lecteurs de son site les jours suivants s’ils étaient convaincus par la prestation du Président de jeudi dernier – seuls 29 % se disent convaincus, et les 71 % autres pas convaincus. 26 655 internautes ont répondu.
Comment peut-on déstabiliser dans l’opinion publique un homme qui a été si populaire, sans considérer le fond des interventions mais la forme ?
Les spécialistes de la langue (Jean Véronis) trouvent (13 mai 2008) dans ses discours de « l’œcuménisme politique ». Il faut, certes, ratisser large pour être élu, mais si l’orateur s’approprie tous les langages du spectre politique, cela devient l’unique discours, qui ne signifiera plus rien pour personne.
Arrivé au pouvoir, notre Président utilise le « je » plutôt que « nous ». Jean Véronis cite sa réaction sur la carte de famille nombreuse pour la S.N.C.F. : « nous » avons fait une erreur de communication totale, « on » a commis une erreur. Quand « je » m’en suis aperçu, « je » l’ai corrigée immédiatement ».
Denis MUZET, autre sociologue, situe Sarkozy comme « un illustrateur qui écrit la bande dessinée de l’action gouvernementale ». L’électeur moyen, non sociologue, voit un Président nerveux, même agressif. De l’action – oui, mais restons calme, et il ne faut pas s’attaquer à tout, surtout en temps de crise. Si toutes les corporations sont en voie d’être réformées, on multiplie le nombre d’oppositions au sein de chacun de ces organismes. L’on manifeste ici car on a vu les autres là-bas. De l’hôpital public à la télévision publique, l’Education Nationale, les collectivités locales.
N’y avait-il pas un choix à faire ? Et la succession de discours. Même sans les analyser, n’y en a-t-il pas de trop ? Les Guignols de l’info parlent d’une idée par jour. Est-ce cela qu’on attend d’un Président ? Trop d’activité fait désordre. On pense à une absence de réflexion permettant de distinguer l’essentiel du reste.
La politique internationale n’agit que très peu sur sa cote de confiance. Pourtant, son intervention pendant qu’il assurait la présidence de l’Union Européenne dans le conflit Russo-Géorgien du mois d’août 2008 a été positive et équilibrée. L’on peut ajouter à son actif le rapprochement avec la Syrie, Etat laïc du Proche Orient, qui recueille plus d’un quart des 3 millions d’Irakiens ayant fui leur pays (sans compter le million de personnes déplacées, mais qui sont toujours en Irak). Malheureusement, ces derniers points ne sont guère connus du public.
Pour le Président Sarkozy, l’essentiel du pouvoir se situe au sommet de la pyramide. La délégation du pouvoir n’a lieu qu’au niveau de la mise en œuvre des décisions imposées, ce que les Anglo-saxons appellent le « middle management » est absent. Cela se sait. L’opinion des Français est faite, et l’impression d’activité débordante, la fréquence des interventions font dire à 58 % des Français (SOFRES – LOGICA, après la grève du 29 janvier 2008), « qu’il parle beaucoup mais ne fait pas grand chose ». En revanche, deux points positifs se situent à des niveaux qui touchent nombre de Français : 57 % approuvent le service minimum des transports publics, et 55 % la maîtrise de l’immigration.
Ne fallait-il pas établir un barème des réformes, selon leur nécessité, et ne pas donner l’impression de partir dans toutes les directions. Et les commissions !, en fallait-il autant ? La commission sur le découpage électoral était nécessaire, car la délimitation des circonscriptions datait de 1986 à partir du recensement de 1982, où la population se situait à 56 millions d’habitants, alors qu’elle est actuellement de 63 millions. Quant aux autres…
L’omniprésence présidentielle le place trop sous les projecteurs, et il est considéré comme responsable de tous les maux, alors que ses collaborateurs sont favorisés par l’opinion publique. Le Président Sarkozy, dans les sondages, se trouve dépassé par son gouvernement – IPSOS Le Point, 6 et 7 février 2008 : le Président Sarkozy obtient 36 % de jugements favorables, son Premier Ministre François Fillon : 42 %. Un sondage Opinion Way, publié par Métro, et réalisé par téléphone du 30 janvier au 5 février, situe la satisfaction pour le Président à 40 %, alors que celle du Premier Ministre F. Fillon à 44 %. Le classement IFOP – Paris Match du 10 février 2009 accorde 46 % de bonnes intentions au Président, alors que Bernard Kouchner recueille 68 %. Cette différence est intéressante, car aux yeux des Français, la politique étrangère est le champ clos du Président. Faut-il donc tenir un rôle secondaire, ou plutôt avoir une attitude plus calme comme Christine Lagarde (52 %), qui elle pourtant joue un rôle essentiel dans le domaine économique.
Qu’en est-il de l’opposition ? Pour l’instant, elle est divisée dans ses discours, et les extrêmes ont la parole. Elle ne paraît pas avoir compris que, dans la situation actuelle, ce qui compte n’est pas la question d’un programme politique, mais la façon d’agir. En cas de crise, les solutions ne sont pas nombreuses. Il ne faut pas critiquer l’ensemble de la politique française. L’opposition peut apporter un point de vue quelque peu différent, mais surtout insister sur le fait que de nouvelles personnes seront aux commandes. Pour une politique comparable, il faudrait qu’elle fasse comprendre qu’elle agira dans le calme et la sérénité. Quant à l’idéologie dans le vote, elle intervient peu. Rares sont les personnes qui ne savent pas si elles sont de droite ou de gauche, mais cela s’arrête là. D’autres facteurs interviennent dans le vote. Mais ce n’est pas le sujet. Les prochaines élections sont les Européennes, et malgré la proportionnelle, il faudrait que l’opposition présente une certaine modération si elle veut conforter son dernier succès. Une certaine sérénité sans trop contester ce qui est en cours, mais insister sur la personnalité des acteurs politiques pour qu’ils soient raisonnables, et ne cherchent pas le changement pour le changement.





