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Actualités du CECE : OTPOR - KMARA - PORA : DES MOTS LOURDS DE SENS
Posté par Maria le 27/8/2008 11:07:42 (1963 lectures)

Le dernier texte placé sur notre site mentionnait les manifestations de rues, qui avaient lieu au moment des élections. Nous avons parlé brièvement des idées de SHARP et de leurs influences sur ces mouvements, qui se préparaient un an avant les élections, et qui répondaient à une structure bien en place, à la façon d’une armée, certes pacifiste, mais d’une grande efficacité. Citons Régis GENTE et Laurent ROUY, dans Le Monde Diplomatique de janvier 2005, qui écrivent un article intitulé « dans l’ombre des révoltes spontanées » « ….. Ces manifestations ont un air spontané, de là vient leur force, pourtant chaque détail est pensé. ».



Notre texte, rédigé en anglais, était intitulé « the lessons learned : the role of NGOs ». Il nous a valu de très nombreuses réactions, certaines, incrédules, et beaucoup d’autres curieuses, souhaitant en savoir plus.

Si peu de personnes connaissaient OTPOR ! C’était le nom de bataille qu’avaient choisi les organisateurs serbes contre la candidature de MILOSEVIC aux élections de l’an 2000. Le mot veut dire « résistance ». Pourtant, en 1987, l’armée française s’y était déjà intéressée. Le Général Georges FRICAUD –CHAGNAND avait introduit le concept de « dissuasion civile » à la Fondation des Etudes de la Défense Nationale. Mais cette notion est sulfureuse, alors essayons, comme certains, de traverser l’enfer.

GENE SHARP, considéré comme l’auteur- penseur de cette stratégie non violente, sait se mettre en valeur. Il a créé l’Institut Albert EINSTEIN qu’il a installé dans son habitation, et qu’il dirige. Thierry MEYSON, après avoir étudié l’origine de ce tout petit Institut, raconte le pourquoi du nom Albert EINSTEIN. « Le premier livre de SHARP, consacré à l’étude des méthodes gandhiennes, débute par une préface d’Albert Einstein ; seulement, l’ouvrage a été rédigé en 1960, cinq ans après la mort d’Einstein. Le texte de la préface n’a donc pas pu être écrit par Einstein pour SHARP. Celui-ci s’est contenté de reproduire un article du savant sur la non violence ».

En fait, Gene Sharp est un « soixante huitard », qui a été condamné et emprisonné deux ans pour refus de conscription pendant la guerre de Corée. Il est souvent accusé de mener la guerre (pacifique) contre les ennemis des Etats-Unis. A certains moments, il a touché de l’argent des Etats-Unis (Endownment for Democracy I R I), mais surtout pour financer la traduction de ses œuvres. Son importance est ailleurs : ce sont ses idées qui sont reprises par de puissantes ONG, qui, un an avant une élection clé, sont sur le terrain pour former un noyau d’autochtones, pour s’intégrer dans l’ensemble du pays en créant des groupes locaux, assimiler les 198 propositions d’action de Sharp, et les adapter aux circonstances. Il s’agit, dans presque tous les cas, de puissantes ONG étrangères utilisant leurs propres fonds ou ceux d’autres personnes cherchant à éviter une part substantielle de l’impôt sur le capital, tel que cela se pratique aux Etats-Unis. L’institut Albert Einstein fait lui-même appel à ces fonds. Dans le « Gardian » du 27 novembre 2004, John LAUGHLAND déclare que les Etats-Unis ont dépensé $ 14 millions pour les élections ukrainiennes, mais il y a aussi SOROS et les autres, et la totalité de la somme dépensée pourrait atteindre les $ 50 millions. Tout n’est pas clair, tout n’est pas juridique. Il existe une nébuleuse de l’ingérence démocratique. Il n’est pas exact de dire que l’Institut Albert Einstein est seulement un centre de recherche. D’après leur propre dossier, le président de leur bureau est Robert HELVEY, colonel de l’armée américaine en retraite, « qui est maintenant un consultant auprès d’ONG sur les questions de stratégie, quand celles-ci s’engagent dans des réformes non violentes parmi des mouvements pour la démocratie ». Alors, soyons pratique, et faisons un rapprochement entre le texte clé de Gene Sharp : « The Politics of non violent action – Porter Sargent – 1973 », qui comprend six chapitres divisés en 198 articles, et voyons comment ces diverses propositions sont mises en pratique..

Prenons, Madagascar, non pas lors des récents évènements, mais remontons à la fin des années 1980 et début des années 1990. Madagascar, après avoir rompu l’accord de coopération avec la France, était devenue un pays soviétique. Le Président RATSIRAK se rendait au Sahara Occidental, en Corée du Nord. Le pasteur ANDRIANMANJATE, le plus stalinien de tous, était son conseiller. Il fréquentait les réunions organisées par les ambassades de Hongrie, mais jamais celles des ambassades occidentales. Fin 1980, Madagascar, après avoir tout nationalisé, s’est trouvée en faillite. Elle décide, alors, de changer et demande un prêt au Fond Monétaire International. Elle l’obtient à la deuxième demande et commence les relations avec ses voisins Sud Africains. Le communisme était oublié, sans qu’une structure démocratique soit mise en place. C’est alors que l’on a vu appliqués les articles 38 – 39 (défilés et parades) du texte de Sharp : des défilés tranquilles, sans violence, à travers la ville, d’abord tous les jours, puis tous les samedis, quand une structure de coalition gouvernementale a été mise en place. Mais, avant cela, les « gentils » défilés s’étaient rendus dans différents ministères, et en utilisant les articles 170 – 171 (invasion non violente, interjection non violente), avaient remplacé les ministres, alors que la police ni l’armée, peu habituées à ce genre d’activité et sans ordre des autorités qui se voulaient maintenant démocratiques, ne soient intervenues. Il avait fallu associer cela à une organisation, trouver un titre (article 27, nouveaux symboles et noms), celui-ci fut « Les Forces Vives » Il fut alors décidé de se rendre au Palais présidentiel, situé en dehors de Tananarive. Malgré l’interdiction présidentielle de cette marche, elle eut lieu. Deux hélicoptères survolèrent les manifestants, répétant l’interdiction sans effets, et deux grenades furent lancées, ce qui mit fin au défilé. Restait à appliquer les articles 10 et 11 (communication par la presse, radio, télévision) du texte de Sharp, qui prévoient l’action auprès des médias. Le monde put alors apprendre que des centaines de personnes avaient été tuées par ces grenades lancées sur la foule par les hélicoptères. Etant donné qu’il s’agissait de deux grenades, cela semblait beaucoup de tués. Après enquête auprès des hôpitaux et de la Croix Rouge, il paraissait que les morts étaient au nombre de huit. Il restait, maintenant, à appliquer les articles de 1 à 4 (déclarations formelles) : trouver une personnalité capable d’être le porte drapeau. Celui-ci, contre toute attente, fut le Conseiller de Ratsirak : Andrianmanjate, qui devint du jour au lendemain le plus fervent partisan de la démocratisation, proposa un nouveau candidat à la présidence : Albert ZAF, qui remporta l’élection, mais qui perdit la suivante à l’ancien président.

Maintenant, rapprochons-nous de notre époque. La Géorgie avait comme Président élu SCHEVERNADZE, ancien ministre des affaires étrangères de Gorbatchev, un démocrate (les murs de Tbilissi regorgeaient des affiches de l’opposition), mais le pays souffrait d’une grave crise économique, qui continue encore de nos jours, car il est coupé de ses approvisionnements et de ses ravitaillements, qui viennent de la Russie. Les deux autres Etats du Sud Caucase sont bien mieux placés : l’Arménie, par sa très puissante diaspora et l’Azerbaïdjan par son pétrole, sans parler de la bonne entente avec le grand frère russe.

Que s’est il passé en Géorgie, lors des élections de novembre 2003 ? Nos ONG non violentes ont utilisé l’article 7 du texte (slogans et symboles). Le slogan était « ASSEZ (KMARA) », l’article 8 (bannières, communications visuelles), des fanions blancs avec « ASSEZ » écrit en noir étaient portés par des jeunes garçons dans des camions ouverts, qui paradaient à travers la ville, selon l’article 38. En dehors des camions, de jeunes gens plus âgés, en tenue sportive verte et blanche marchaient en bon ordre le long des rues de la ville.

En ce qui concerne la pénétration de SAAKACHVILI au parlement, cela correspond aux articles 170 et 173 (invasion non violente, occupation non violente), et s’est produit sans violence, car SCHEVERNADZE n’a fait intervenir ni la police ni l’armée. N’oublions pas que cette élection était placée sous de mauvaises augures, car les listes électorales, qui devaient être informatisées au niveau national par les internationaux, l’avaient été par des incompétents et le résultat était un désastre. L’Allemagne a aussitôt proposé à Schevernadze de l’héberger en reconnaissance de son action en tant que ministre des affaires étrangères de l’Union Soviétique. La « révolution géorgienne » est devenue la « révolution des roses » articles 18 et 19 (symboles).
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Restons en Géorgie, après la défaite de l’armée géorgienne face aux Russes récemment, il y eut un rassemblement dans la grande rue de TBILLISI, où les participants portaient chacun une bougie : article 24 (lumières symboliques). Les bougies étaient probablement prêtes pour la victoire escomptée de la Géorgie en Ossétie du Sud. D’ailleurs, à Tbillisi, dans l’hôtel MARRIOTT, Patrick WORMS, en ce moment même, continue la guerre contre la Russie : la guerre des mots, les blogs, les sites, les informations envoyées à travers le monde par internet, qui seront reprises par des agences de presse, n’ayant pas la possibilité de vérifier : articles 10 et 11 (communications de grande diffusion).

L’Ukraine est une autre affaire, mais la stratégie est semblable. L’Ukraine était riche, en plein développement, et invitant les organisations internationales à collaborer à leurs travaux. Il faut noter en passant que, dès l’effondrement de l’Union Soviétique, tout était fait pour séparer l’Ukraine de la Russie, et les ONG y ont participé de bon cœur. Le lobbying auprès des internationaux : article 15 (lobbying auprès des organisations) – défilés avec sens de l’humour développé, plaisanteries :.article 35 (utilisation du sens de l’humour, les plaisanteries) – fournir aux manifestants et à la population une « couleur symbolique », dans ce cas, la couleur orange : article 18 (couleurs symboliques) dans le cadre d’une fraternisation générale article 33 (fraternisation avec les uns et les autres),sans compter le slogan PORA. Les ONG ukrainiennes n’ont pas appelé au boycott des élections : art. 124 (boycott des élections), mais ont contesté le résultat des élections - articles 126 – 127 (retrait et boycott de toutes organisations du gouvernement) : elles se sont installées devant la Cour Constitutionnelle, ont placé des tentes le long de la rue principale de Kiev. Comment une Cour, un tribunal, pouvaient-ils délibérer sereinement dans de telles conditions ?

L’Arménie, autre pays démocratique, a été l’objet de semblables manifestations. Ce n’était pas nouveau pour ce pays, car déjà en 1998 un Etat étranger avait voulu déstabiliser ce pays, simplement en contestant la validité des élections. Cette fois, c’était différent : nos amis de l’action non violente ont commencé à manifester avant que l’élection ait lieu. Il s’agissait d’un amalgame des articles 123 et 125 (boycott des commissions électorales et des élections), l’on critiquait l’influence des autorités dans l’organisation des élections. Au lieu d’un jeune homme comme Saakashvili, l’on avait choisi TER PETROSSIAN, Président de 1996 à 1998, pour mener les manifestations.

Les autorités arméniennes, ignorant que les articles 135 et 137 préconisent le refus de se disperser et admettent le refus d’obéissance « populaire », ne pouvaient pas compter sur une police aussi bien équipée que celle de Géorgie, lors des manifestations contre Sakashvili (on aurait dit des hommes d’une autre planète tellement ils étaient bien équipés). Huit manifestants ont trouvé la mort. L’interdiction de manifester et l’état d’urgence étaient en ligne avec les Nations Unies dans sa résolution sur les droits civils et politiques, article 22, le droit d’association du Conseil de l’Europe, article 11, l’organisation des Etats américains dans sa déclaration des droits et obligations de l’homme, article 14, l’organisation de l’Unité Africaine dans sa charte des droits des peuples, article 11. Dans chaque cas, il est clairement dit que cette liberté ne doit pas aller à l’encontre des droits d’une société démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale ou de l’ordre public.


REFLEXIONS


Ces défilés et actions non violentes bien organisés auraient un intérêt dans un Etat totalitaire – Notre imagination et notre sens de l’idéalisme voient cette non violence venir à bout des tyrans, mais, ce n’est qu’un rêve. Les tyrans n’admettent pas ces manifestations, ce qui a pour résultat que ces « Otporiens » agissent dans des Etats en évolution démocratique. Dans ce cas, ne se substituent-ils pas aux partis politiques, qui sont eux les piliers des démocraties ? Et si c’est le cas, ne voit-on pas une différence capitale entre les partis qui dépendent des électeurs et les Otporiens qui, eux, dépendent de financements extérieurs ? Quand l’argent vient d’ailleurs, par exemple d’une grande nation, les Otporiens ne représentent-ils pas une pénétration sournoise de l’étranger dans une politique intérieure ? ce petit Etat ne sera-t-il pas alors un simple jouet qui se manipule selon les intérêts de la grande nation ? l’on dépend d’un autre. L’on peut alors être entraîné dans des entreprises parfois bénéfiques ou parfois extrêmement dangereuses pour la nation et la vie des citoyens. La souveraineté est battue en brèche, l’ingérence est de mise. Est-ce cela que nous voulons ?

La fraternisation (article 33) auprès des correspondants de presse, et des membres des organisations internationales, fait son chemin. Ces personnes pouvaient alors dire : « nous avons nos informateurs, nous sommes bien informés ». Cela n’est pas sérieux !

Etant donné que ces manifestations non violentes très organisées par une ou des organisations étrangères disposant de moyens considérables n’ont pas d’effet sur les régimes dictatoriaux.

Etant donné qu’elles agissent seulement sur des pays en voie d’évolution démocratique.

Etant donné qu’elles mettent en cause le résultat escompté ou déclaré d’élections au grés de la volonté des bailleurs de fonds étrangers.

Etant donné que de par le monde aucune élection n’est parfaite, et pour tendre vers cette élection essentiellement juste et libre, il faut du temps et une collaboration internationale reposant sur une structure de praticiens et chercheurs avertis, il apparaît donc nécessaire d’INTERDIRE ces possibilités d’ingérence quelque peu sournoises dans les souverainetés nationales et introduire à leur place la façon de rédiger les lois, les règlements les mieux adaptés aux pays concernés, de MONTRER les difficultés que l’on trouve à les interpréter puis à les appliquer, FAIRE ETAT de nos propres succès, de nos échecs, des solutions que nous avons trouvées, et de celles sur lesquelles nous travaillons encore.

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